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Biodiversité

Une étude confirme l'intérêt de traiter la nuit pour mieux protéger les abeilles

Septembre 2026


Une récente étude menée par INRAE et l’ITSAP-Institut de l’Abeille montre que les traitements réalisés en dehors des périodes de butinage (la nuit) permettent de réduire fortement la mortalité aiguë des abeilles. Si la réglementation va déjà dans ce sens, c’est la première fois qu’une étude confirme l’intérêt des traitements nocturnes dans des conditions proches du terrain.


La réduction de l’exposition des pollinisateurs aux produits phytopharmaceutiques constitue un enjeu majeur pour une agriculture durable. Plusieurs leviers sont aujourd’hui mobilisés : choix de produits présentant une moindre toxicité pour les abeilles, réduction de la dérive, mise en place de mesures visant à limiter les contacts entre les pollinisateurs et les produits. Parmi ces mesures, le choix de l’horaire d’application apparaît particulièrement intéressant.

Une équipe d’INRAE, de l’UMT ETTAP et de l’ITSAP-Institut de l’Abeille s’est intéressée à cette question dans une étude récemment publiée. Les chercheurs ont comparé les effets d’une application d’insecticide réalisée en journée avec ceux d’une application effectuée la nuit, en dehors de la période de butinage des abeilles.

Une expérimentation en conditions proches du terrain

L’expérimentation a été réalisée en 2023 et 2024 sur des colonies d’abeilles mellifères installées dans des tunnels protégés par un filet empêchant les abeilles de sortir. Les colonies disposaient de phacélie en fleurs comme ressource alimentaire.

Les chercheurs ont utilisé un produit insecticide associant deux substances actives : la lambda-cyhalothrine (5 g/L) et le pirimicarbe (100 g/L). Le produit a été appliqué à la dose de 1 L/ha.

Deux modalités ont été comparées : une application en journée, lorsque l’activité de butinage est importante, et une application réalisée peu après le coucher du soleil. L’activité des colonies et la mortalité des abeilles ont été suivies pendant trois jours avant et trois jours après le traitement grâce à des compteurs vidéo automatisés. Des analyses de résidus de produits phytopharmaceutiques ont également été réalisées sur les abeilles.

Une mortalité fortement augmentée après un traitement diurne

Les résultats montrent tout d’abord que l’activité des abeilles est extrêmement faible durant la nuit. Dans l’étude, l’activité nocturne représentait moins de 1 % des vols quotidiens.

La différence entre les deux modalités de traitement est surtout marquée au niveau de la mortalité. Après l’application réalisée en journée, la mortalité des abeilles a plus que doublé au cours des 24 heures suivantes. Cette augmentation s’est également traduite par un maintien d’un niveau de mortalité supérieur au niveau initial pendant les trois jours suivant le traitement.

À l’inverse, aucune augmentation détectable de la mortalité n’a été observée après l’application nocturne, ni au cours des 24 premières heures, ni pendant les trois jours de suivi.

Les analyses de résidus viennent conforter ces observations. Les quantités de lambda-cyhalothrine retrouvées dans les abeilles étaient significativement plus importantes après le traitement diurne qu’après le traitement nocturne. Les résidus des deux substances actives diminuaient ensuite fortement entre les prélèvements réalisés quatre et vingt heures après l’application.

De faibles doses mais des effets bien réels

Un résultat particulièrement intéressant concerne les niveaux d’exposition mesurés : les doses retrouvées dans les abeilles étaient bien plus faibles que les valeurs de DL50 utilisées pour caractériser la toxicité en laboratoire. Malgré ces niveaux faibles, une augmentation significative de la mortalité a été observée.

Ce constat souligne l’intérêt de prendre en compte les conditions réelles d’exposition et pas uniquement les seuils de toxicité établis en laboratoire.

Un levier concret de réduction des risques

Pour les auteurs, ces résultats montrent que le décalage des traitements en dehors des périodes de butinage constitue un levier pratique et immédiatement mobilisable pour réduire l’exposition des abeilles et, plus largement, celle des pollinisateurs diurnes.

L’application nocturne ne permet cependant pas d’éliminer tous les risques. Les produits peuvent rester présents sur les végétaux et contaminer le nectar ou le pollen, ce qui peut conduire à une exposition des abeilles lorsqu’elles reprennent leur activité. L’étude n’a par ailleurs pas évalué les éventuels effets sublétaux, par exemple sur le comportement de butinage ou le développement du couvain.

Enfin, les auteurs soulignent un autre point de vigilance : les pollinisateurs nocturnes. Traiter la nuit pourrait réduire l’exposition des abeilles domestiques tout en exposant davantage certaines espèces actives durant cette période, comme les papillons de nuit ou certaines abeilles solitaires.


À retenir

Cette étude montre qu’en évitant la période de forte activité des abeilles, il est possible de réduire fortement leur exposition directe et la mortalité aiguë observée après traitement. Le choix de l'horaire d'application constitue une mesure simple pour réduire l'impact des traitements insecticides sur la mortalité des abeilles mellifères, sans modifier les produits utilisés ni le calendrier des interventions.

Pour autant, l’horaire d’application doit être considéré comme un levier parmi d’autres, à intégrer dans une stratégie globale de protection des pollinisateurs et de réduction des risques liés aux produits phytopharmaceutiques.


Sources : https://www.inrae.fr/actualites/decaler-pulverisations-pesticides-nuit-reduit-mortalite-abeilles-melliferes

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