Changement climatique
Optimiser ses pratiques pour réduire ses charges en engrais azotés
Juin 2026
Le contexte géopolitique chahute le marché des engrais. Si la situation est actuellement en train de se détendre, la situation des engrais reste fragile car liée à des facteurs que l’on ne maîtrise pas (cours de l’énergie, contexte géopolitique, politiques de limitation des émissions de gaz à effet de serre, contexte agricole (rendement des cultures, prix d’achat) …). Les engrais représentent environ 1/3 des charges courantes d’une exploitation agricole en céréales-oléo-protéagineux. La maîtrise de ces charges en engrais notamment azotés est un point important pour la rentabilité d’une exploitation agricole.
Les charges en engrais azotés d’une exploitation agricole dépendent de la quantité apportée et du prix de l’engrais. L’agriculteur n’ayant pas la main sur le prix de l’engrais, il ne peut agir que sur la quantité apportée.
Les leviers pour réduire l’usage d’azote :
Utiliser des fertilisants organiques. Si l’agriculteur a l’opportunité d’avoir accès à des fertilisants organiques, ils doivent être utilisés à bon escient comme les fertilisants minéraux. L’utilisation de fertilisants organiques n’est pas une garantie de moindre impact environnemental. Composition, quantité épandue, mode d’épandage, culture réceptrice sont autant de facteurs qui serviront au bon usage de ces fertilisants.

Semer des couverts d’interculture avec des légumineuses. Des légumineuses en mélange avec d’autres espèces dans un couvert peuvent apporter une trentaine d’unité d’azote. Une pesée du couvert et l’utilisation de l’outil MERCI permettent de connaitre ce que le couvert va restituer comme azote suite à sa destruction.

Intégrer des légumineuses dans la rotation. Ces cultures fixent l’azote atmosphérique et ne nécessitent pas d’apport d’engrais azoté. De plus, elles laissent de l’azote dans le sol suite à leur destruction et permettent de réduire les apports d’azote sur la culture suivante.

Associer des légumineuses à une culture. Par exemple, associer des légumineuses à du colza va permettre au colza de bénéficier de l’azote apporté par les légumineuses.
Piloter ses apports d’azote. Que ce soit pour calculer la dose d’azote à apporter à la culture à l’ouverture du bilan ou pour ajuster cette dose en cours de campagne, il s’agit d’un levier important. Est-ce que les critères utilisés pour calculer la dose d’azote à apporter sont bien estimés ? Les outils à disposition sont par exemple les suivants :
- Outils de calcul de l’azote déjà absorbé par la culture : réglette azote Colza, satellite…
- Outils de pilotage de la fertilisation pour ajuster la quantité d’azote apportée : N-tester, satellite…
- Le reliquat azoté ne doit pas être sous-estimé comme outil de pilotage. Un reliquat azoté réalisé par exemple en début de culture de tournesol est un bon moyen d’ajuster sa fertilisation azotée (ou de la supprimer).
Respecter le résultat du calcul d’apport ou de la mesure de pilotage. L’agriculteur s’attend toujours à devoir apporter plus. Si la mesure lui dit d’apporter moins ou rien du tout, psychologiquement, c’est compliqué. Dans ce cas, il faut faire une zone où l’agriculteur respecte le résultat de la mesure et une zone où il apporte ce qu’il a prévu. Ceci nécessite au moment de la moisson d’avoir une estimation du rendement et de la teneur en protéines (blé) sur ces 2 zones pour les comparer.
Optimiser les apports. Fractionner pour apporter une quantité cohérente avec la capacité d’absorption de la culture au stade de l’apport. Apporter dans de bonnes conditions météorologiques (conditions poussantes, pluie annoncée à la suite de l’apport).
Introduire des cultures à faible besoin en azote.

La combinaison de plusieurs de ces leviers permettra d’économiser une quantité d’azote non-négligeable.
Des fiches techniques ont été publiées dans le cadre du projet Fertisol NA dont plusieurs reprennent des leviers cités dans cet article. Le projet Fertisol NA a pour objectif de développer un plan de communication, harmonisé en Nouvelle-Aquitaine, sur la bonne gestion de la fertilisation des grandes cultures en lien avec la fertilité des sols. Il est financé par la Région Nouvelle-Aquitaine et le FEADER. Il est mené en partenariat avec la Chambre régionale d’agriculture Nouvelle-Aquitaine, les chambres d’agriculture 16, 24, 17-79, 64 et 86, le NACA, ARVALIS et Terrena. Ces fiches peuvent être retrouvées sur Agriconnaissances.
Le projet 4 pour 1000
Stocker du carbone dans le sol pour compenser les émissions de CO2 dans l’atmosphère, tel est l’objet du projet 4 pour 1000 lancé en 2015 lors de la Conférence de Paris sur le Climat. L’idée de base est simple : si l’on augmente chaque année de 4 ‰ le stock de C des sols de la planète dans l’horizon de surface (0-30 cm), on compense nos émissions de CO2 et on atténue le changement climatique. L’INRA vient de publier les résultats d’une étude sur le potentiel de stockage en France et son coût.
Le label bas-carbone
Le label bas-carbone, mis en place par le Ministère de la Transition écologique et solidaire, sert à labelliser des projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre et séquestration du carbone. Il permet un financement des projets par des entreprises, des collectivités, des particuliers en garantissant à ces financeurs la qualité du projet.
La contribution des cultures intermédiaires au stockage du carbone
Les cultures intermédiaires ont été préconisées à la base pour servir d’engrais vert et limiter les fuites de nitrates vers les nappes phréatiques. A l’heure du changement climatique, l’agriculture est émettrice de gaz à effet de serre mais elle contribue également à réduire les émissions de ces gaz en stockant du carbone dans les sols. Les cultures intermédiaires sont une pratique favorable au stockage de carbone dans le sol.
Haies et changement climatique
L’agriculture subit les conséquences du changement climatique (sécheresse, fortes précipitations, températures élevées…). Limiter les impacts de ce changement va dépendre de la capacité des systèmes cultivés à supporter les évènements climatiques extrêmes et de notre capacité à stocker du carbone. Dans ces 2 cas, les haies ont un rôle à jouer.
Quelles pratiques pour combiner lutte contre le réchauffement climatique et qualité de l’eau?
En France, l’agriculture est responsable de 19% des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES). Si l’agriculture est émettrice de GES, elle a l’intérêt de pouvoir également stocker du carbone et donc de compenser une partie des émissions de CO2. Que ce soit pour limiter le réchauffement climatique ou agir pour la qualité de l’eau, un seul objectif : réduire les pertes en carbone et azote.






